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Pef a dédicacé son livre « Ma guerre de cent ans »

On connaît Pef, bien sûr, pour les nombreux livres qu’il a écrits et illustrés pour les enfants. Egalement talentueux lecteur, il s’est prêté à l’exercice à l’espace culturel La Gare ce vendredi 16 mai dans une lecture projection de l’un des plus beaux poèmes de Blaise Cendrars, La Prose du transsibérien et de la petite Jehanne de France.
Dans la journée, l’auteur-illustrateur avait rencontré des écoliers des écoles Mermoz, Pasteur et Saint-Exupery pour leur expliquer son métier.
Avant de repartir, samedi 17 mai, il a présenté et dédicacé son dernier ouvrage sorti chez Gallimard : « Ma guerre de cent ans ». Après « Le soleil sur la langue », c’est une seconde incursion chez les adultes pour l’auteur-illustrateur que nous avons rencontré.
Pef présentez-vous ?
« PEF, ce sont mes initiales et cela peut vouloir dire Pélican ému fragile ou Parfait enfant fou ou Petit écrivain francophone. En fait, je m’appelle Pierre Elie Ferrier et je suis connu comme auteur-illustrateur de livres de jeunesse. J’en ai fait beaucoup dont le fameux Prince de Motordu que beaucoup d’enfants ont entre les mains et entre leurs souvenirs. Il se trouve que maintenant ces premiers lecteurs de 1980 et des années suivantes ont entre 30 et 40 ans et ma prétention un peu folle, c’est que ces enfants devenus adultes, puissent bénéficier d’une parole adulte. C’est à dire faisant partie de leur cercle affectif de lecture d’enfance, je tenais à continuer à retenir leur attention avec une parole d’adulte. L’idée m’est donc venue de faire un balayage sur ma vie et sur des épisodes qui ne sont absolument pas ni dans Motordu, ni dans Rendez-moi mes poux, ni dans d’autres livres, de façon à ce que je puisse gagner leur amitié littéraire adulte aussi ».

Aujourd’hui vous écrivez pour toutes les générations ?
« Je fais de la littérature pour tous, mais ce sont surtout les enfants qui me lisent. Ma parole et ma physiologie sont adultes, l’enfance reste toujours un éternel mystère mais ce qui me plait c’est cette passerelle entre les générations. Mon premier livre était destiné à ma grand-mère, cela s’appelle Moi, ma grand-mère, mais je savais aussi que cela irai pour les enfants et que cela serait un énorme cadeau pour elle. Je crois que lorsqu’on travaille dans cette optique là, de respecter les gens et tous les âges, on respecte donc d’abord les enfants.
L’enfant est source de respect et il ne faut pas l’élever dans du coton, quand il y a une guerre, un tsunami ou un tremblement de terre, les victimes se comptent autant chez les enfants que chez les adultes. Les enfants, c’est l’échafaudage de la vie adulte. Bien souvent les adultes se dépêchent d’enlever l’échafaudage de leur enfance et ils oublient ce qui a été la fondation de leur personne adulte. Il y a une déclaration des droits de l’enfant mais ce qui est pour moi très important, c’est de garder en soi l’enfant qu’on a été et l’esprit d’enfance ».

Votre premier bouquin était dédicacé à votre grand-mère. Celui que vous présentez aujourd’hui, le point de départ, c’est votre grand-père ?
« C’est un grand-père que je n’ai pas connu dont j’ai appris l’existence, puis la mort que très tard. Il s’appelait Pierre, c’est aussi mon prénom, et il est mort dans les premiers jours de la guerre de 1914, laissant avec sa femme deux filles, Luce et Marthe. La seconde était ma maman. Ce n’est seulement lorsque mon deuxième grand-père (sa grand-mère s’était remariée) a été très malade que ma grand-mère m’a dit que mon premier grand-père s’appelait Pierre comme moi. J’ai beaucoup appris de choses trop tard et je rembourse un peu ce vide là avec ce livre ».

Dans cette période commémorative, on pourrait croire que c’est un livre qui parle de 14/18 ?
« D’abord, je suis incapable de le faire et je ne veux pas le faire. Un livre sur une commémoration, ce sont des faits qui remontent à 100 ans. La guerre de 14/18 a été tellement dévoyée, elle a été tellement digérée, redigérée, régurgitée, on ne peut pas faire le millionième ouvrage sur la guerre de 14, d’autant plus que c’est une guerre dont le côté physique s’éloigne dans le temps. On peut pas avoir la prétention de restituer les souffrances, il y a quelque chose d’indicible dans cette épisode de l’humanité. Ce que l’on peut faire, c’est d’aller chercher comment ce fut possible et comment 20 ans plus tard l’humanité a resservi le couvert avec la seconde guerre mondiale. Je crois que ce livre là, ce qui m’a plu, c’est maintenir à distance et de façon très proche ce décor de la guerre qui ne nous abandonne jamais. D’où le titre du livre ».

En tant qu’illustrateur, le dessin ne vous a pas manqué pour ce travail ?
« Je me suis un peu coupé la main qui dessine, mais ce n’est pas grave. Pour moi, l’écriture est un dessin. Forcément les lettres sont polices de caractères et le dessin est une écriture sauvage. Et là, comme il n’y avait pas d’images, j’ai mis des images dans mes mots. Ce qui explique la particularité du style du bouquin. Ce n’est pas un style linéaire. J’ai choisi un rythme de la mémoire et une scansion par paragraphes comme si eux-mêmes étaient une sorte d’image. Et je pense que mes lecteurs me retrouveront dans des mots et des maux tordus. Je m’abandonne aux sursauts de ma mémoire ».

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