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Käthe Kollwitz, une femme, une mère, une artiste de génie face à la guerre

Célèbre en Allemagne et dans de nombreux pays, Käthe Kollwitz est étrangement méconnue en France. C’est pourtant une artiste qui a marqué l’expressionnisme allemand, témoin de son époque et révoltée par la misère, l’injustice sociale. De son journal, la compagnie théâtrale TDC en a adapté une lecture spectacle qui sera présentée le 11 octobre. Nous avons rencontré Dominique Surmais, metteur en scène et comédienne de la compagnie TDC et qui a mis en scène la pièce adaptée du « Journal de Käthe Kollwitz ».

Quand et comment en êtes vous arrivée à créer cette pièce ?
« Ce spectacle, c’est le journal de Käthe Kollwitz. Il a été créé en mai 2012 et coproduit par le Conseil général du Nord et avec l’Europe dans le cadre de tous les événements qui vont avoir lieu autour du centenaire de la première guerre mondiale. Sylvie Doizelet, écrivain, travaillait sur Henry Moore et Ernst Barlach, un peintre allemand très connu là-bas et qui citait beaucoup Käthe Kollwitz. Sa curiosité attisée, elle fut fascinée par son œuvre. Käthe Kollwitz, c’est une femme sculpteur, lithographe, graveur, affichiste, peintre, dessinatrice également. Elle a découvert qu’elle avait écrit un journal qui couvrait les années 1908 à 1943. Huit cents pages qu’elle a fait traduire. Puis elle m’a envoyé le texte ».
Huit cents pages, c’est beaucoup. Comment avez-vous travaillé ?
« Effectivement, c’est beaucoup. Nous avons travaillé sur trois axes. Käthe Kollwitz, la femme, est quelqu’un d’extrêmement moderne. D’ailleurs en 1920, elle fait une affiche contre la loi contre l’avortement et elle parle sans tabous de sa vie de femme. Le deuxième aspect, c’est lorsqu’elle parle de Berlin pendant cette période très troublée avant la première guerre mondiale, pendant et avant l’arrivée de la seconde guerre. Elle en parle de façon très intime et de ce qu’elle ressent. La première guerre mondiale, elle n’y était pas opposée, comme beaucoup d’Allemands même politiquement de « gauche ». Ensuite, elle va changer et même créer une affiche très célèbre qui s’appelle : Plus jamais la guerre. Son plus jeune fils, Peter, engagé volontaire, meurt en 1914, dans les premiers jours de la guerre. Elle n’a de cesse que d’ériger, et cela va lui prendre plus de 10 ans, un monument pour la paix et en hommage aux jeunes gens qui sont morts. Il s’appelle Les parents affligés, c’est la seule sculpture qui est érigée dans un cimetière militaire. Enfin le dernier aspect s’est axé sur son travail d’artiste. Son obsession, c’est le travail. C’est de trouver une forme pour exprimer ce que la guerre, ce que cette époque bouleverse en elle ».
Cela a du être difficile d’en tirer le plus important ?
« Un choix a été établi avec une partie plus importante sur la première guerre mondiale. Elle raconte que dès la fin de la première guerre, elle voit de très jeunes gens qui mendient dans la rue avec un orgue de barbarie. Ce sont des scènes qui rappellent aussi des choses que l’on voit aujourd’hui. Et là, elle va tout faire pour que la seconde guerre n’arrive pas. Et lorsqu’elle est déclarée, c’est pour elle, une espèce de séisme. Elle va faire partie de l’art dégénéré. Ses œuvres vont être détruites par les nazis ».
Que pensez-vous de Käthe ?
« C’est une femme d’une énergie incroyable, évidemment il y a le deuil de son fils qui va l’obséder toute sa vie mais son art est une façon de le sublimer. Jusqu’en 1943, elle va continuer de travailler. Même si c’était une femme gaie et d’une grande énergie, elle avait un humour corrosif, un regard sur elle qui était assez impitoyable. Et sur les autres aussi ».
Et de son œuvre ?
« Son œuvre, je dirai qu’elle est extrêmement violente. Elle représente la mort, les camps, les champs de bataille… Dans sa personnalité, ce que je trouve intéressant et on l’a gardé dans le spectacle, c’est qu’elle fait un travail de journaliste. Elle est mariée à Karl qui est en sorte un médecin des pauvres et les patientes de son mari vont être ses modèles. Ce sont des femmes du peuple. Elle parle de familles qui ont 20 enfants. Les enfants sont très souvent représentés dans ses œuvres car elle a beaucoup travaillé sur la misère, sur la faim… Et les enfants en étaient les premières victimes ».
Le spectacle se présente comment et où allez-vous le jouer ?
« Tout part de l’écriture de son journal, nous avons le texte en main, mais c’est très proche du théâtre. Il y a un travail d’images, avec une scénographie, un décor qui ne représente jamais Käthe Kollwitz. C’est un travail qu’on a voulu poétique sur des évocations et avec un décor un peu mental, sur son trait. Elle a beaucoup travaillé sur le gris, le noir, le blanc. C’est très tranché. C’est un spectacle qui s’exporte. Nous l’avons présenté en Belgique dans une version française et néerlandaise, en bilingue. Sur scène je suis avec Céline Dély, comédienne d’origine belge qui parle le néerlandais et le français. On l’a joué dans la région, bientôt à Méricourt et ensuite, ce sera Limoges, Meaux… C’est un spectacle complètement autonome car on peut le jouer dans des musées qui ne sont pas équipés comme un théâtre. On amène tout, le décor, les écrans et les lumières. Nous sommes deux femmes, car il y a toujours chez Käthe Kollwitz un regard sur les choses et c’est intéressant d’être deux, de se répondre et d’avoir l’une qui regarde l’autre, qui écoute ».
En conclusion ?
« C’est un mélange de vie intime beaucoup mêlée à l’histoire et à la politique puisque cela va très vite dans ces années là. C’est toute une vie qui passe, de 1908 à 1943. Mais il y a une richesse dans ses œuvres et il est incroyable ce journal de Käthe Kollwitz. C’est l’histoire d’une femme, d’une mère, d’une artiste de génie face à la guerre ».

- Lecture spectacle du « journal de Käthe Kollwitz », le vendredi 11 octobre à 19h00 à l’espace culturel et public La Gare. Entrée gratuite, il est conseillé de réserver ses places au 03 91 83 14 85.

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